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La soie, une origine légendaire pour une fibre noble !

Dernière mise à jour : 7 mai

Secret le mieux gardé de l'Antiquité, la soie et sa production étaient sujettes à toutes les convoitises. Pendant plusieurs siècles, le monde entier semblait assujetti au puissant Empire Chinois qui détenait le monopole sur les techniques de production de la soie.

Mais alors, comment cette fibre précieuse, douce et robuste est-elle arrivée jusqu'à nous ? De plus, comment les villes historiques de Lyon et de Côme sont-elles devenues de véritables capitales européennes de production de la soie ?

 

Pour tenter de répondre à ces questions, concentrons nous sur trois zones géographiques clés : la Chine impériale, la région de Côme, en Italie, et la ville de Lyon, en France.


 

Une origine asiatique...

L'histoire de la soie et de sa légende vont de pair. Presque intrinsèquement liées, elles révèlent la manière dont le hasard fait parfois bien les choses. Pour débuter notre retour vers le passé, il nous faut recréer un certain contexte.


Chine, 2600 av. J.-C, à l'ombre d'un mûrier, l'Impératrice Xi Ling-Shi, épouse de l'Empereur Huang Di (l'Empereur Jaune) sirote un thé quand, soudain, une masse étrange tombe dans sa tasse. Un cocon contenant un ver ; un Bombyx Mori pour être exact. Étonnée, elle ne le sauve pas d'une noyade assurée mais décide d'observer la structure qui semble se délier dans l'eau. Après quelques instants, un fil indépendant jailli de la paroi blanche. Elle tire dessus. Son étonnement ne fait qu'augmenter lorsqu'elle constate qu'en dévidant ce cocon, un fin fil doux, brillant et incroyablement robuste se délie. Une fibre... Une fibre de soie.


La suite n'est que le début d'un secret jalousement gardé pendant près de trois millénaires par l'Empire Chinois.


Carrés de soie Roseline d'Oreye
La Robe du Dragon - vêtement en soie jaune porté par les empereurs chinois puis coréens par la suite.

Extrêmement rare, la soie était alors réservée à l'élite du Royaume. Par la suite, la pratique s'est vite répandue avec la mécanisation des techniques. Ainsi, différentes classes sociales se voyaient autorisées à porter de la soie. Cependant, certains motifs, accessoires et couleurs étaient spécifiques aux statuts sociaux. Le jaune par exemple était réservé à l'Empereur, tandis que différentes hiérarchies militaires portaient déjà des carrés de soie sur la tête pour se distinguer les uns des autres.



Carrés de soie Roseline d'Oreye
Femmes tisserandes de la Chine ancienne

La production de la soie était un travail confié uniquement aux femmes chinoises. Des fonctionnaires étaient cependant engagés pour surveiller la production et l'utilisation du matériau.


Réel enjeu économique et politique, la soie devint rapidement la marchandise la plus précieuse que l'Empire Chinois avait à offrir. Des douaniers étaient d'ailleurs postés aux sorties du Royaume afin d'assurer qu'aucune contrebande ne se produise et qu'aucun ver à soie ne quitte le territoire. Les sanctions pour ceux qui s'y risquaient étaient terribles, allant de l'amputation à la peine de mort.


 

Carrés de soie Roseline d'Oreye
Justinien le Grand (dernier grand empereur romain), 527-565 AC

Un secret bientôt révélé...

Bien que le reste du monde ignorait totalement le mode de fabrication de la soie, le secret caché presque religieusement ne pouvait pas le rester éternellement. Le monopole Chinois pris fin au VIème siècle lorsque Justinien 1er ou Justinien le Grand (considéré comme le dernier grand Empereur de l'Empire Romain d'Orient) envoya deux moines de l'Empire en mission, afin de cacher des graines de mûriers et des œufs de vers à soie dans leurs bâtons de pèlerin, rapatriant ainsi l'arbre et son ver en bord de Méditerranée, et plus précisément à Constantinople, actuelle ville d'Istanbul.


De là, le mûrier envahit d'abord la Grèce et la région du Péloponnèse lui donnant par ailleurs son nouveau nom, Morée - nom du mûrier. Cependant 500 ans après, dans les années 1100, Roger II de Sicile envahit la région en attaquant les villes de Corinthe et de Thèbes et les mettant à sac. Il déporta alors les ouvriers grecques à Palerme et en Calabre. La production italienne débuta ainsi sur les chapeaux de roues en se diffusant dans plusieurs villes et régions, notamment à Naples et en Lombardie.



Une histoire, deux régions...

En Europe, deux pôles de production de la soie se développent simultanément. Côme et Lyon deviennent progressivement de véritables capitales européennes de la soie. La raison de leur essor respectif est similaire, car leur localisation est le résultat d'enjeux géographiques, économiques et politiques.


Carrés de soie Roseline d'Oreye
Campagne lombarde

D'un côté il y a Côme,

En Lombardie, la fabrication des textiles n'est pas récente. De nombreuses trouvailles archéologiques nous ont démontré que des tissus, des outils et des gravures rupestres faisaient de la région de Côme un haut lieu dans l'art du développement du tissage et ce, depuis la Préhistoire. Aujourd'hui connue pour sa production ancestrale de la soie, la ville est - dès le XIIIème siècle - renommée pour ses tissus de laine. Cependant, dès les années 1400, un nouveau matériau, plus noble, plus doux, entame un grand voyage : la soie.


En effet, la Route de la Soie reliait diverses cultures d'Est en Ouest. Côme étant l'un des "terminus" de l'Ouest, la ville découvre cette nouvelle fibre brillante dont la production se met rapidement en route. Mais il faut attendre le XVIIIème siècle et le règne de Marie-Thérèse d'Autriche (qui possède notamment Milan) pour que la production de la soie prenne un nouvel essor. En effet, la duchesse développe la sériculture et en concentre la fabrication dans les campagnes lombardes. Environnement idéal, Côme, son lac et ses alentours représentaient de vastes étendues agricoles irriguées par de nombreux cours d'eau. Le climat et l'eau en abondance étaient propices au bon développement de cette nouvelle technique qui en requiert une immense quantité. De plus, la main d'œuvre y était abondante et bon marché. Le développement de l'industrie était ainsi une bonne opportunité pour les fermiers de quitter les champs pour un travail moins éreintant.


Avec la Révolution Industrielle, les techniques se perfectionnèrent et la cadence s'accéléra pour augmenter le rendement. Les grandes familles lombardes se disputaient alors les usines et la machinerie. Pour l'anecdote, l'emploi le mieux payé et le plus reconnu de la chaine de production était le teinturier. Ainsi, il était coutume d'afficher ses mains teintées en symbole de prospérité mais également afin de trouver une fiancée. De plus, les zones d'eau autour des usines étaient surnommés "les fleuves de la mode" en raison des bacs de teinture que l'on y déversait. La couleur que prenait l'eau révélait alors la tendance du moment. Rapidement, des centaines d'ateliers de soie virent le jour et concentrèrent des milliers d'artisans et d'experts tisserands. Bien que l'industrialisation ait accéléré le processus de fabrication, la vie dans les filatures était rude et extrêmement éprouvante. Les ouvrières étant principalement des femmes et des filles qui passaient l'entièreté dans leurs journées les mains plongées dans l'eau bouillante, afin de fournir un fil de grande qualité. De ces habitudes résultaient souvent des blessures et de réactions cutanées douloureuses.


Aujourd'hui, et en dépit de la concurrence des géants indiens et chinois, Côme détient toujours 80% de la production de soie en Europe et 95% de la production de soie en Italie. De nos jours, Côme est donc encore considérée comme une référence en terme de qualité dans le tissage de la soie. Ce prestige est en grande partie dû à la qualité d'exécution qui conserve la précision de la tradition, même à notre époque moderne. La ville ne s'arrête cependant pas à la soie et continue de développer son artisanat avec d'autres types de textiles. C'est pourquoi Côme est également reconnu comme étant un célèbre producteur de tissus raffinés tels que le satin, l'organza, ou encore la mousseline.


Carrés de soie Roseline d'Oreye
Marchands de soie lyonnais

... de l'autre il y a Lyon.

De son côté, Lyon représente également un lieu incontournable au niveau de la sériculture européenne et ce, depuis la Renaissance. En effet, dès 1419, Lyon est une ville d'échanges commerciaux. Ses nombreux marchés et foires contribueront à faire de la ville un centre économique réputé au sein du Royaume. Cependant, la production n'a pas toujours été lyonnaise. En réalité, en 1466, Louis XI (roi de France) est agacé par le montant faramineux que représente l'importation de la soie italienne. Il souhaite alors créer une production nationale qui réduirait considérablement les coûts d'importation. Il propose à l'époque de choisir la ville de Lyon, mais la décision est malheureusement contestée par les lyonnais. Il décidera alors de déplacer la production à Tours - fabrication qui restera relativement marginale. Par la suite, son fils Charles VII, revendiquant de vagues droits familiaux sur le royaume de Naples, part à sa conquête et en ressort victorieux. Les français qui on découvert cette plante "en or" (notre fameux mûrier) rapatrient de Naples quelques pieds qu'ils installent en Provence, notamment à proximité de Montélimar. Ce n'est qu'en 1540 qu'un certain François 1er (roi de France) accorde le monopole de la production de soie à la ville de Lyon et ce, en raison de son emplacement stratégique. En effet, la ville est située à proximité de l'Italie qui reste le principal fournisseur des vers à soie.


Aux XVIIème et XVIIIème siècles, l'industrie de la soie lyonnaise atteint son apogée. Avec la mécanisation des techniques, la pratique devient la principale richesse économique de la ville, concentrant pas moins de 28 000 employés et ouvriers tisserands (les canuts). De plus, à cette époque, la soie est l'étoffe à la mode. De Madame de Pompadour à Louis XV, la demande explose. Le style de la soie lyonnaise s'impose comme standard de qualité et de motifs. La production survivra notamment à la Révolution française, profitant alors du Régime Impérial sous Napoléon Ier.


Carrés de soie Roseline d'Oreye
Révolte des Canuts, 1831

Bien que florissante, l'industrie lyonnaise connait une période sombre au XIXème siècle. Les canuts, ouvriers tisserands, se révoltent à cause des rémunérations et des conditions de travail de plus en plus précaires. C'est en arborant des drapeaux sur lesquels on pouvait lire : "Du pain ou la mort !", qu'en 1831, les protestants s'emparent de la Croix-Rousse, quartier clé de la production de soie lyonnaise. Une grève générale éclate lorsque l'armée récupère la ville. La révolte sera finalement maîtrisée au bout de 6 jours et aux sacrifices de 300 morts, d'une multitude de blessés et de plus de 500 arrestations.


Au cours du même siècle, la soie retrouvera toutefois son essor et ce, grâce à l'apparition de la Haute Couture. Cependant, cette nouvelle notoriété ne va pas durer longtemps, puisque la crise économique des années 30 va affaiblir considérablement la demande de la soie lyonnaise. Aujourd'hui, seule une poignée de petits artisans perpétuent encore la tradition et le savoir-faire ancestral ; certains étant encore et toujours localisés sur les pentes de la Croix-Rousse. Parmi ces derniers, on retrouve notamment Tassinari & Chatel, producteur royal déjà réputé à l'époque de Marie-Antoinette et de Louis XVI.


Carrés de soie Roseline d'Oreye
Cabinet chinoiserie du 19ème siècle

Une influence chinoise qui perdure.

Bien qu'au fil des siècles l'Europe se soit approprié les techniques de production de la soie, l'influence chinoise n'a pourtant jamais vraiment disparu. Durant les dynasties Ming et Qing (qui s'étendent du XIVème au XXème siècles), l'industrie de la soie n'a cessé d'évoluer. Les ateliers de production n'étaient désormais plus uniquement fédéraux, mais privés. Cela a permis une augmentation de la diversité des motifs et des techniques de tissage en termes de satin, de soie et de velours. Avec l'évolution et l'expansion du transport maritime entre la Chine et l'Occident, une quantité historique de produits de soie chinoise fut envoyée en Europe, entrainant l'obsession pour les chinoiseries aux XVIIIème et XIXème siècles.


 

Une histoire de passionnés avant tout...

À travers notre voyage dans le monde et dans le temps, nous avons pu avoir un aperçu de la manière dont la soie (son origine, sa légende et sa route) s'est transmise de générations en générations et de cultures en sociétés. Son incroyable et long voyage ne retrace-t-il finalement pas le voyage de l'Humanité ?...

De la Préhistoire à la Chine Antique, aux bords de la Méditerranée, l'histoire de la soie ne serait-elle pas une histoire d'explorateurs curieux, en quête de qualité, de savoir-faire et de beauté ? L'engouement millénaire autour de ce matériau noble nous démontre également à quel point le luxe et sa confection sont intrinsèquement liés à la simple condition d'être Humain. En perfectionnant des savoirs et des connaissances, l'attirance de l'être humain pour le luxe serait-elle une manière de transcender la matérialité pour se rapprocher de la spiritualité ? ...

Ainsi, encore aujourd'hui, la brillance et la douceur de la soie passionnent, fascinent et enchantent un grand nombre d'esthètes qui, à la manière des hommes et des femmes des siècles auparavant, souhaitent faire perdurer cette valeur d'excellence.

Et nous avons la chance, aujourd'hui, que le respect des valeurs humaines s'associe de plus en plus à une démarche de qualité des produits.


 

Une touche de poésie...

Pour terminer notre beau parcours à travers les siècles et l'histoire de la soie, découvrons cette pépite poétique et féérique de Paul Grimault, grand illustrateur français. Ce court-métrage publicitaire, produit en 1951, fur créé pour promouvoir le syndicat de la soie en France. L'histoire raconte que la fille d'un roi, en voyage en Asie, ramène deux papillons de soie pour ses sœurs ; introduisant ainsi la soie dans le royaume.

Bon visionnage !



 

Chez Roseline d'Oreye, forts de ce patrimoine historique auquel nous accordons une véritable attention et un sincère respect, nous cherchons à perpétuer cet héritage millénaire en le renouvelant par notre créativité, notre enthousiasme et la liberté de nos motifs, enrichis par les couleurs vibrantes qui peuvent être produites aujourd'hui.


Probablement que cet article vous aura fait comprendre la raison pour laquelle nous avons choisi d'aller chercher notre soie à Côme. En effet, la garantie de qualité du tissage et du savoir-faire italien ne sont plus à démontrer. De plus, la gestion responsable des quantités produites par nos fournisseurs lombards nous offre le luxe de pouvoir vous offrir une démarche de slow fashion qui correspond totalement à notre vision de produits pérennes, exclusifs et intemporels.


Devons nous vous rappeler que vous pourrez trouver vos chers accessoires de soie sur notre boutique en ligne ou dans les enchanteresses Galeries Royales Saint-Hubert (Galerie du Roi 10) pour une expérience encore plus personnalisée ?


En attendant la joie de vous revoir ou de vous rencontrer, voici une sélection de nos bestsellers du moment :



De gauche à droite : - "Le Printemps des Magnolias" (carré de soie 90x90cm), - Summer garden - Laying in tall grass" (carré de soie 90x90cm), - "Les Fleurs des Saisons - Printemps" (carré de soie 120x120cm), - "Carnet de Toscane - La Dolce Vita" (carré de soie 90x90cm)



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